Un chantier entre tradition et créativité au cœur du Périgord

“Se réaliser, entreprendre ensemble dans le respect de soi, des autres et de l’environnement”. Le chantier mené par Yogan Bredel au cœur du Périgord illustre parfaitement la raison d’être de notre coopérative. En utilisant des matériaux locaux, en valorisant le collectif et des savoir-faire traditionnels, Yogan, que nous avons récemment croisé sur les toits de la cathédrale Notre-Dame de Paris, développe une approche esthétique et artistique de son métier. Rencontre avec un charpentier qui aime “prendre le temps de bien faire les choses”.

Comment est né ce projet ?

Ce chantier est le fruit d’une relation de longue date. Il y a 25 ans, je vivais dans ma cabane perchée d’une vingtaine de m² dans les arbres, non loin de chez mes clients. Ils rêvaient d’en avoir une eux aussi, et quelques années plus tard, avec les copains de l’atelier Copeaux Cabana, nous leur avons construit une cabane en forme de bateau sur pilotis.

Depuis, plusieurs projets ont vu le jour sur leur terrain, dont un pont très imaginatif conçu par mon associé Menthé. Lorsque l’idée d’un abri près de la piscine est née, ils ont naturellement pensé à nous.

Quels étaient leurs besoins spécifiques ?

Ils souhaitaient un lieu esthétique et artistique où ils pourraient passer du temps près de la piscine. L’idée était d’allier confort, originalité, intégration paysagère et architecturale, le manoir se trouvant au cœur des sites classés de la vallée Vézère.

Nous avons conçu et monté trois bâtiments :

  • Un préau de 60 m² sur colonnes de pierre,
  • Un pigeonnier dessiné par le maçon Alain Virot,
  • La salle de bain dans un ancien poulailler attenante à la cabane bateau 

Quels ont été les principaux défis techniques et logistiques ?

Le chantier s’est déroulé en plein hiver, une période particulièrement pluvieuse qui a rendu le terrain très boueux. Les engins avaient du mal à circuler autour des bâtiments, ce qui nous a obligés à utiliser des techniques de levage manuel utilisant les cordages, des moufles, des poulies et un mât de levage. 

Nous avions sept mois pour construire trois bâtiments quasiment entiers, avec une deadline stricte : l’été, le moment où les clients souhaitaient profiter de leur belle piscine. Nous avons dû anticiper chaque étape et synchroniser les différents corps de métier pour tenir les délais.

Nous connaissons ton travail de charpente minutieux, tes choix esthétiques affirmés ( le travail du bois massif et des formes courbes). Comment as-tu abordé ce chantier ?

J’ai voulu offrir une finition lisse et rabotée à la charpente, plutôt qu’un aspect équarri. J’aime jouer avec les formes courbes, et pour cela, une bonne collaboration avec le scieur est essentielle. J’ai sélectionné du châtaignier, un bois noble et résistant, provenant d’une scierie locale. Ce choix permettait d’intégrer harmonieusement les structures dans leur environnement tout en garantissant une grande durabilité.

Y a-t-il des éléments particuliers qui font la singularité de ce chantier  ?

Oui, notamment les détails sculptés du préau et du pigeonnier. J’aime commander du bois scié sur trois faces pour garder de la matière, ce qui m’offre une liberté de création. Cela m’a permis d’intégrer des courbes complexes et même de sculpter un petit écureuil dans la masse.

Ce chantier est le fruit de plusieurs collaborations. Quels artisans ont participé à ce projet ?

Nous avons travaillé avec plusieurs artisans de notre collectif aux savoir-faire complémentaires :

  • Alain Virot, tailleur de pierre, qui a coordonné avec moi la mise en place des structures et la synchronisation des engins.
  • Lucile Dray, la potière qui a fait les épis de faîtage du poulailler en anagama.
  • Rémi Delatouche et Rémi Hubert de Coop&Bat, qui ont fabriqué la porte du pigeonnier.
  • Marguerite, une jeune sculptrice qui vient de nous rejoindre et qui a orné la porte du pigeonnier d’entrelacs en bas relief.
  • Sébastien Diffis, ferronnier d’art, qui a réalisé les pentures et les poignées forgées.
  • Mathis, menuisier, qui a conçu les portes et fenêtres du poulailler.
  • Et plus largement, nous avons collaboré avec le terrassier, le jardinier, l’électricien et le plombier.

Cette coopération entre artisans permet d’obtenir des bâtiments cohérents et aboutis, où chaque détail compte.

Quels matériaux as-tu utilisés pour ce chantier ? D’où proviennent-ils ?

Je privilégie toujours les bois locaux. Les bois utilisés ici viennent d’une scierie située à 20 km du chantier, leurs châtaigniers proviennent d’entre le Périgord et la Corrèze. Les tuiles plates et canal sont des modèles habituellement utilisés pour les monuments historiques, garantissant une belle patine et une intégration parfaite.  J’aime bien réaliser la couverture lorsque je travaille sur de petits bâtiments car le toit est la coiffe de la charpente. Lorsqu’elle est ratée ou seulement utile et non artistique c’est bien dommage car il y a tant de détails possibles. C’est quand même les toits qui donnent le style au paysage.

Pourquoi insister sur l’artisanat et les savoir-faire traditionnels ?

C’est tellement intéressant d’utiliser des techniques ancestrales, il y a 1000 ans on utilisait déjà ces techniques ! C’est aussi chouette de pouvoir utiliser du bois non calibré, provenant directement des forêts avoisinantes. Ces techniques permettent d’utiliser des bois courbes et irréguliers qui, autrement, finiraient en papier ou en bois de chauffage. Avec des méthodes comme le lignage et le piquage, nous valorisons chaque pièce, offrant un rendu unique et durable. Ce type de travail ne peut être reproduit par des machines industrielles, comme la fameuse découpeuse numérique de charpentes. Ces techniques me permettent de pousser mon imagination.

Comment les clients ont accueilli vos propositions ?

Ils étaient ravis. Ils nous ont invités à l’inauguration, les bâtiments étaient illuminés et aménagés, ce qui a révélé toute la splendeur du lieu. Ils nous ont témoigné beaucoup de joie et de gratitude.

Un petit clin d’œil historique s’est glissé dans le projet, peux-tu nous en parler ?

Oui, j’ai intégré une échantignole taillée dans une chute de chêne provenant du chantier de Notre-Dame de Paris dans la construction. C’est une manière d’ancrer ce projet dans l’histoire et de transmettre quelque chose de symbolique.

Quel message voudrais-tu faire passer aux jeunes charpentiers et charpentières ?

J’aimerais leur dire qu’il ne faut pas se limiter à la précision et à la technique, mais aussi oser l’esthétique. Beaucoup de charpentiers et charpentières se concentrent uniquement sur l’assemblage et les côtes millimétrées mais ce que les gens retiennent avant tout, c’est l’harmonie globale du bâtiment.

J’ai aussi eu pas mal de stagiaires sur ce chantier, que j’ai parfois géré comme un chantier école. C’était chouette de transmettre ce savoir-faire. J’aimerai dans le futur plus enseigner la charpente traditionnelle et artistique…